Les événements de 1886

 

18 mars l886

  • Place Saint-Lambert, Liège.
    Anniversaire de la Commune de Paris tourne à l’émeute

 

Du 19 mars 1886 au 28 mars

  • Émeutes dans le bassin liégeois : Seraing, Jemeppe, Flémalle:
    (...) Pendant deux à trois jours, de violents affrontements vont opposer ici et là des groupes de grévistes et les forces de l’ordre. (...) Bilan des émeutes et grèves de Liège: 3 morts, 67 blessés et 165 à 200 arrestations. 10.000 à 11.000 mineurs et ouvriers métallurgistes ont fait la grève et se sont trouvés face à 6.000 soldats. De nombreuses condamnations ont été prononcées par le Tribunal correctionnel de Liège.

 

25 mars 1886

  • Grève à Fleurus; les mineurs se dirigent en bandes vers Gilly et Châtelineau
    Vers 6 heures du matin, des houilleurs de Taillis-Prés se concertent dans des cabarets. (...) Dans l’après-midi, le mouvement s’étend aux puits de Châtelet, Montigny-Sur-Sambre et Couillet. Des scènes de violence se produisent. (...)

 

26 mars 1886

  • Gilly, Quatre-Bras
    Un grand rassemblement s’y forme dès le matin et trois groupes, de 700 à 800 hommes, s’ébranlent dans des directions opposées. Les charbonnages ne sont plus les seuls objectifs : le mouvement s’étend aux fonderies, laminoirs, aciéries et verreries. Vers midi, tout le bassin de Charleroi est en état de grève. Des renforts militaires, venus de Tournai et d’Anvers, sont en place. (...) l’après-midi du 26 mars (...) les verreries de la région, non protégées par la troupe, sont saccagées et incendiées. Le point culminant de ces destructions est atteint à Jumet, dans la verrerie d’Eugène Baudoux qui avait introduit dans son établissement des fours à bassin, qui amélioraient la production en permettant de faire des économies de combustible et surtout de main-d’œuvre. (...) Tout est détruit, systématiquement. La verrerie, mais aussi la demeure de Baudoux, contiguë à l’usine. Le feu achève l’œuvre destructrice de la foule évaluée à 5.000 personnes.

    (...) Vers 11 heures du soir, soixante chasseurs à pied débarquent en gare de Roux. Après les sommations d’usage, deux décharges successives sont tirées vers la foule, faisant 4 morts et 7 blessés. C’est la première fusillade tragique de Roux. (...) Le lendemain, Le samedi 27, vers midi, à Roux, un groupe de jeunes ouvriers se présente devant un peloton de militaires.

    Des salves partent, laissant sur le sol douze tués et de nombreux blessés.

 

On peut dire que le mot Wallonie, désormais d’usage absolument général désigne maintenant presque officiellement, presque constitutionnellement, un territoire géographique qui est celui de la Belgique romane, moins l’agglomération bruxelloise, mais y compris la région ou, de toute manière, la ville, francisée, d’Arlon. Il évoque surtout une entité humaine récente, moins affirmée que la Flandre, née, ou, en tout cas, cristallisée, par opposition à celle-ci, de la conscience plus ou moins nette d’une communauté d’intérêts politiques et économiques, d’un fonds commun en ce qui concerne les façons de sentir, de réagir, d’envisager les relations sociales et la vie, en général, et surtout, d’une très ancienne communauté de langue et de culture. La langue françoise, puis française, a été, sur ce plan, le facteur d’unité le plus puissant, par dessus les dialectes très diversifiés.

 


Albert HENRY, Wallon et Wallonie, dans La Wallonie,
le Pays et les Hommes, Lettres, arts, culture,
t. 1, p. 74, Bruxelles, La Renaissance du Livre, 1977.

 

 

 

29 mars 1886 aux premiers jours d’avril

  • Bilan de l’insurrection carolorégienne : 24 ouvriers tués, 10 à 150 personnes blessées et plus de 2.500.000 francs – de l’époque – de dégâts. 40.000 ouvriers en grève se sont trouvés face à 12.000 soldats.

 

28 mars

  • La grève s’étend dans le Borinage ; tentative de dynamitage dans le Centre

 

du 25 mars au 1 avril

  • Grèves dans les carrières de Maffle, près de Ath
    des heurts et deux morts

 

29 mars

  • Occupation des usines de la vallée du Hoyoux, près de Huy

 

fin mars

  • Grève dans la métallurgie du Namurois

 

de fin mars à la mi-avril

  • Grèves dans les carrières du Namurois, du Tournaisis, dans la vallée de l’Ourthe (Sprimont)

 

fin mars

  • Grève dans une filature à Dinant

 

de fin mars à la mi-avril

  • Grève à Andenne et à Wavre
    Si les émeutes de mars et avril 1886 ont touché principalement les bassins de Liège et de Charleroi, il faut noter que des incidents et des grèves frappèrent d’autres régions du Pays dont notamment le Borinage, Tournai, Verviers, Alost... Le 1er avril 1886, la Belgique comptait dans son ensemble 100.000 à 150.000 grévistes alors que 50.000 hommes de troupes étaient mobilisés pour maintenir l’ordre.

 


Cent ans de droit social en Belgique, Bruxelles,
CGER, 1987, p. 7-9.

1886, La Wallonie née de la grève ?, Colloque organisé à l’université de Liège les 29 octobre, 14 et 29 novembre 1986, par M. BRUWIER, N. CAULIER-MATHY, Cl. DESAMA, P. GERIN, Bruxelles, Labor, 1990