Les lenteurs en matière de développement de l’infrastructure fluviale en Wallonie ont été très grandes. Les nombreuses revendications wallonnes en ce domaine se focalisent notamment autour du fameux Bouchon de Lanaye, du nom d’une commune située au nord de Visé. Soulevée par l’Action wallonne de Liège et Georges Thône en particulier dès 1933 déjà, cette question est assez simple à comprendre : ainsi que le résumait très bien Fernand Dehousse en 1939, il s’agit de permettre aux navires de gros tonnage de passer, sans transiter par Anvers, du canal Juliana au canal Albert, dont la construction s’achève précisément en 1939. L’élargissement de l’écluse de Lanaye (le tonnage passant de 450 tonnes à 1350 voire 2000 tonnes) doit permettre de relier le bassin mosan au bassin rhénan. Il s’agit aussi de créer une brèche dans un système fermé qui amène toutes les voies hydrauliques à Anvers, et d’offrir plus de liberté de débouchés aux industries wallonnes.

Défendue par le Conseil économique wallon clandestin et Wallonie libre pendant la guerre, mise en évidence à de multiples reprises par le Congrès national wallon, Le Grand Liège et le Conseil économique wallon, objet de multiples interventions parlementaires, la revendication du Bouchon de Lanaye a été, pendant près de trente ans, le symbole de la subordination des intérêts de la Wallonie à ceux de la Flandre. En effet, rien n’a jamais empêché les ministres des travaux publics successifs de réaliser les travaux d’élargissement si ce n’est une partie de


bras de fer entre la Hollande et la Flandre. Cette dernière revendiquait en effet la réalisation de deux canaux, l’un reliant Gand à Terneuzen (en Hollande), l’autre, dit canal du Moerdyk, reliant Anvers à Dordrecht (Hollande) sans passer par l’Escaut maritime. Craignant de voir le trafic drainé vers Anvers au détriment de Rotterdam, les Pays-Bas refusaient l’aménagement de ces canaux sur leur territoire. Craignant de voir le trafic liégeois s’orienter vers Rotterdam et conservant le déblocage de Lanaye comme monnaie d’échange, la Belgique ne tenait pas compte des revendications wallonnes. Ce n’est qu’en 1957 que le dossier se débloqua, les deux composantes du Benelux intéressées par le projet parvenant enfin à un accord.

En 1964, le Bouchon de Lanaye explosait enfin. Entre-temps, on avait enregistré, d’une part, dans le cadre de la discussion sur le tracé de la frontière linguistique, la volonté de certains milieux flamands d’annexer la commune de Petit-Lanaye au Limbourg, et, d’autre part, l’économie wallonne avait connu une grave crise économique sans pouvoir disposer d’un outil qui lui aurait permis de trouver d’éventuels débouchés nouveaux. Dans le même temps, mais de l’autre côté de la Wallonie, le Conseil économique wallon insistera aussi longuement sur l’importance économique, pour résoudre en partie les problèmes du Borinage et du Tournaisis, de la construction d’un canal joignant Charleroi à Dunkerque.