Wallonie : définitions et concepts

Approche juridique

Approche philologique

Approche géographique

Approche sociologique

Approche historique


Comme définition de la Wallonie, les juristes évoquent fréquemment les réformes institutionnelles; celle de 1970-1971 qui inscrit le terme Région wallonne dans la Constitution; celle de 1980 qui dote la Région wallonne d’un pouvoir législatif et d’un pouvoir exécutif propres; celle de 1987-1988 qui augmente sensiblement le domaine des compétences et l’importance des moyens financiers; celle de 1993-1994 grâce à laquelle les Wallonnes et les Wallons désignent directement et séparément leurs représentants au Parlement wallon.

Les philologues mettront l’accent sur la première apparition du mot Wallonie. En 1844, sous la plume de François-Charles-Joseph Grandgagnage, écrivain et magistrat d’origine namuroise, le mot est imprimé dans La Revue de Liège, avec un seul "l" et sans majuscule. Il désigne bien la partie romane du jeune état Belgique contrairement à d’autres apparitions antérieures: en 1388, un modeste toponyme désigne un fief à La-Chapelle-d’Armentières; à partir de 1618, un Wallonia est utilisé dans des textes ou esquisses cartographiques issus d’ordre religieux, faisant la distinction entre Wallonia et pays de Liège.

En 1842, un autre Wallonie désigne davantage un vaste monde roman, opposé à l’Allemagne que la partie romane de la Belgique, sens actuel du terme que lui conféra définitivement Albert Mockel en 1886. Le jeune poète est alors âgé de 20 ans à peine et il donne le nom Wallonie à la jeune revue littéraire symboliste qu’il vient de créer.

Entre 1844 et 1886, le terme resta cloisonné dans le monde des philologues et des historiens. Mockel l’en sortira, figeant son orthographe définitive: Wallonie. Wallonie s’imposera au détriment des plus anciens "Provinces wallonnes" ou "Pays wallon" pour désigner la Belgique romane au sud de la frontière qui sépare les patois flamands des parlers populaires d’oïl, de Ploegsteert jusqu’à l’Hertogenwald, en passant par la commune d’Eben-Emael, commune au Nord de Liège qui est le point le plus septentrional du monde roman.

Les géographes évoqueront une Wallonie plurielle et diversifiée, terre de vieille tradition urbaine et industrielle, d’une part, poumon vert au cœur de l’Europe, d’autre part, une Wallonie qui est un espace produit de l’histoire. Ils verront avant tout les lignes tracées par les sillons de la Haine, de la Sambre, de la Meuse et de la Vesdre, sillons autour desquels, depuis les temps les plus reculés, se développeront de multiples activités "industrielles". Ils verront aussi le massif ardennais, la Wallonie rurale et agricole.

Au concept sentimental, linguistique et culturel s’est ajouté peu à peu, par suite de l’évolution intérieure de la Belgique, depuis 1880 surtout, un contenu politique, soulignent les sociologues à la suite d’Albert Henry (1). C’est qu’en face d’une Flandre qui affirmait de plus en plus son homogénéité et ses exigences de nature sociale, économique et politique, la communauté wallonne a senti s’approfondir de plus en plus ses inquiétudes et s’imposer de plus en plus des raisons de solidarité et d’action (...) (2).

Les historiens, enfin, retiendront l’ensemble de ces aspects, les étudieront dans un cadre précis, celui défini par les lois de 1970, tenant compte du vocabulaire utilisé aux diverses époques, et en observant l’évolution de ses habitants, les Wallons.

 


(1) Albert HENRY, Esquisse d’une histoire des mots Wallons et Wallonie, Charleroi, Institut Jules Destrée, 3e éd., 1990, p. 14.

(2) Albert HENRY, Esquisse..., p. 14-15.