Étymologie du mot wallon

Wallon : évolution du terme

Langues régionales endogènes :

En tant que dénomination d’un groupe humain, le mot wallon n’est pas attesté sûrement, en langue romane, avant le dernier tiers du XVe siècle. Albert Henry précise l’étymologie du mot en remontant au nom d’une peuplade celte, voisine des Germains, les Volcae. Ce nom ethnique serait entré en ancien germanique avant le IVe siècle avant J-C ; il y aurait donné Walhaz, pluriel Walhoz, devenu en ancien hautallemant Wal(a)h, pluriel Walha. Par l’effet d’une généralisation qui se produit souvent quand il s’agit de noms de peuples, ce mot désigna ensuite, pour les Germains, déjà avant l’ère chrétienne, les habitants des marches celtiques, au sud et à l’ouest des régions occupées par les Germains. Après la romanisation de la Gaule, les Germains de l’Ouest [...] continuent à employer Walha pour désigner les Celtes romanisés et les Romains habitant le long de la frontière.

Avec les mouvements de peuple, le mot s’est introduit dans le monde roman, connaissant de nouvelles mutations et utilisations. Au cours de la décennie 1460, la première mention du terme wallon apparaît dans les Mémoires du chroniqueur Jean de Haynin. Il se généralise alors parce qu’un bloc de langue romane s’est trouvé, par la nature des choses, face à un bloc de langue thioise, à l’intérieur d’un cadre politique unique, en l’occurrence les Etats rassemblés par les Ducs de Bourgogne. Wallon continuera désormais à qualifier ou à identifier les choses ou les gens provenant de ce territoire formé du Cambraisis, Tournaisis, de "l’Etat de Valenciennes" Hainaut, Namur, le Lothier (ou Brabant wallon), Luxembourg et Liège, autant de lieux où l’on parle ce roman tiré de la corruption du latin, bref un français présentant des différences par rapport à celui de Paris. Les "bandes wallonnes", "les gardes wallonnes", "les Eglises wallonnes" et "les épées wallonnes" donneront au qualificatif un sens plus précis encore au XVIIe siècle. La distinction faite quelques fois au XVIIIe siècle entre les Wallons et les Liégeois ressort du seul domaine politique; la révolution française (à partir de 1793) se chargera de la faire disparaître. C’est une autre révolution politique, la création du Royaume de Hollande puis de la Belgique, qui éliminera totalement les acceptions anciennes du mot wallon, au profit du vocable "belge". Au cours du XIXe siècle, Wallon sert à désigner soit les habitants de la Wallonie, soit, sans majuscule, les variétés dialectales d’un quadrilatère entre parlers gaumais et parlers picards (4).

 

Langues régionales endogènes

Si, jusqu’au milieu du XXe siècle, les dialectes contestèrent le rôle de langue maternelle au français, il n’en est plus de même aujourd’hui. Les parlers de Wallonie se divisent en plusieurs familles dialectales : le Hainaut s’inscrit dans le dialecte picard ; la pointe du Luxembourg baigne dans le gaumais, une variété du lorrain ; entre les deux, le wallon se divise lui-même en deux variétés relativement homogènes autour de Liège et de Namur ; deux variétés hybrides assurent la transition vers les dialectes picard et lorrain.

Le wallon, ce latin déformé venu à pied du fond des âges, suivant l’expression de Julos Beaucarne, a été influencé par de nombreux apports germaniques ainsi que par le français, langue de culture de référence. Il lui arrive aussi de conserver des mots latins que le français a remplacé par des mots germaniques. Il lui arrive enfin de donner au français des mots, surtout dans le domaine de la mine : houille, terril, faille, fagne, grisou, faro, estaminet...

Picard, wallon, gaumais, ces langues régionales endogènes, font partie du patrimoine culturel de la Wallonie où personne ne conteste que la langue française est la langue officielle. Les unilingues patoisants ont disparu et le patois s’éteint chez les jeunes. Mais la production littéraire wallonne reste riche et variée. Depuis le XVIIIe siècle, et avec grand succès au XIXe siècle, la littérature en dialecte s’est attaquée à tous les genres, exprimant à la fois les préoccupations les plus universelles et la vie du peuple wallon : théâtre, poésie, roman, chanson, bande dessinée continuent à donner vie à une culture d’Amon nos autes. Les langues régionales font aussi l’objet de multiples études scientifiques dans nos universités et à l’étranger. Depuis la fondation de la Société liégeoise de littérature wallonne, en 1856, que de chemin parcouru grâce à Charles Grandgagnage, à Jules Feller, à Maurice Wilmotte, à Jean Haust et à bien d’autres; grâce au Dictionnaire liégeois, aux Enquêtes du Musée de la Vie wallonne ainsi et surtout à l’Atlas linguistique de Wallonie, dont un 8e volume est paru en 1997.

 


(4) Albert HENRY, Wallon et Wallonie, op.cit, Charleroi, (IJD), 1990, p. 21.