L'influence française

VIe et VIIe siècles : abbayes, chant grégorien, rite romain et polyphonie

XIe siècle : Les pionniers de la messe polyphonique

XVe - XVIe siècle : les novateurs

XVIIe siècle : la création en recul

XIXe siècle : une richesse incroyable

XXe siècle : individualisme et hétérogénéité


Dans les territoires qui allaient former la Wallonie, nombreuses furent les personnalités qui ont marqué l’histoire générale de la musique. Celle-ci est fortement influencée par la création française. Mais la musique en Wallonie apporte des spécificités propres et originales.

Au cours des VI et VIIe siècles, se développe un réseau important d’abbayes. La tradition a créé des pratiques religieuses locales diverses que le chant grégorien et le rite romain vont tenter d’unifier afin de garantir l’orthodoxie romaine. Dans le Hainaut, et plus particulièrement dans le diocèse de Tournai, Hucbald de St Amand est l’un des premiers témoins et des pionniers de la polyphonie, l’une des plus grandes inventions du Moyen Age, consistant en l’audition simultanée de lignes musicales différentes.

Quatre siècles plus tard, La messe de Tournai, compilation ordonnée de fragments d’origines diverses rassemblés vers 1330, deviendra une œuvre essentielle dans l’histoire de la polyphonie. Aussi fondamental est l’apport de Jean Cigogne, plus connu sous le nom italianisé de Johannes Ciconia (circa 1335-1411) ; il parvient à faire une heureuse synthèse entre l’Ars Nova française et italienne et s’inscrit comme un des pionniers de la messe polyphonique. Guillaume Dufay (circa 1400 – 1474) natif de Cambrai suit les traces de Jean Cicogne en Italie. Musicien de formation française, compositeur, grand créateur, il est le premier à concevoir la messe comme un ensemble unitaire, avec des accents harmoniques étonnamment modernes. Autre initiateur de ce style nouveau, Gilles Binchois (1400- ?); ils annoncent les maîtres du XVIe siècle que seront Josquin des Prés et Roland de Lassus, tout deux originaires du Hainaut.

Surnommé le prince de la Musique, Josquin des Prés (Condé-sur l’Escaut ( ?) 1440-1521), au cours d’une carrière essentiellement faite en Italie, innove notamment en établissant un lien étroit entre la musique et le texte. Musicien de cour, Roland de Lassus (Mons 1532 – Munich 1594) se présente comme un artiste indépendant qui parvient à tirer d’énormes profits de la commercialisation de sa musique auprès d’un large public. Grand créateur fécond, il est l’auteur de nombreuses chansons, aux styles très différents, et le compositeur de très nombreuses musiques religieuses, autant d’œuvres qui lui valent le titre de Prince des musiciens.

Novateurs jusqu’au XVIIe siècle, les musiciens wallons se font alors suiveurs. Se distinguent cependant certains musiciens comme François-Joseph Gossec (Vergnies 1734 – Paris 1829). Engagé à Paris comme violoniste, il compose La Messe des morts qui le rend définitivement célèbre. Compositeur de grandes symphonies et d’opéras, directeur de l’Ecole royale de Chant et de Déclamation (1784), il se rallie à la Révolution française et écrit de la musique de plein air pour les fêtes républicaines. Entre-temps, il s’est essayé à l’opéra-comique mais se heurte à la concurrence du spécialiste du genre, André-Modeste Grétry (Liège 1741 – Montmorency 1813). Grétry apparaît comme le dernier disciple lointain de Jean Cigogne. Son bon goût, son ton juste, sa capacité d’exprimer les mots par une musique appropriée font de Grétry le maître incontesté de la fin de l’Ancien Régime.

Le XIXe siècle est d’une richesse incroyable. Déjà Grétry a été dépassé par Etienne Nicolas Méhul (Givet 1763-Paris 1817), auteur du fameux Chant du Départ (1794), professeur de César Franck et premier directeur du conservatoire de Liège. Puis viennent Henry Vieuxtemps, Guillaume Lekeu, Eugène Ysaye, Lambert Massart, Félix Godefroid, Adolphe Sax, César Franck, Georges Antoine, Joseph Fétis. César Franck (né à Moresnet Neutre en 1822 – 1890) fait carrière à Paris. Restaurateur de la musique "pure", ses conquêtes se définissent en termes de lyrisme nouveau, d’ambiance harmonique caractéristique, de principe cyclique, d’idéal formel. Maître de l’école liégeoise de violon, élève du génial Vieuxtemps, Ysaye s’impose par ses compositions et comme virtuose au sein d’un quatuor à cordes qui valorise la musique de jeunes compositeurs à travers le monde. Les compositeurs Joseph Jongen, Albert Dupuis et Jean Rogister prolongent le XIXe siècle, en se conformant au modèle de César Franck tout en lorgnant parfois du côté de l’impressionnisme français.

Plus que par le passé encore, l’individualisme caractérise un XXe siècle fait d’hétérogénéité totale. Fernand Quinet, Albert Huybrechts, René Defossez oscillent entre l’impressionnisme de Debussy et le modernisme de Stravinsky. André Souris plonge dans le surréalisme. Directeur au conservatoire de Charleroi, Adolphe Biarent compose des musiques de chambre et d’orchestre. Pierre Froidebise crée à Liège un groupe qui, dès 1945, explore le monde neuf découvert par Schönberg et Webern. Henri Pousseur, Philippe Boesmans et Pierre Bartholomée poursuivront dans cette veine parfois plus difficile à comprendre pour le grand public.