Le Mouvement "wallonie libre"

1945 : le Congrès national wallon : vers un projet fédéraliste

La question royale

1960 : premiers pas vers la réforme de l'État


Durant la guerre, des mouvements wallons de résistance sont unanimes lorsqu’il s’agit de se défaire du joug nazi mais les notes sont discordantes lorsqu’il s’agit de présenter un projet politique pour la Wallonie de l’après-guerre. Dans le souci de rassembler l’ensemble des composantes du Mouvement wallon autour d’un projet unique, le mouvement Wallonie libre, créé en juin 1940, propose d’organiser, dès la libération venue, un Congrès qui définirait ce projet.

La paix revenue, le congrès est organisé à Liège, les 20 et 21 octobre 1945; le Congrès national wallon sera le premier grand rassemblement de toutes les forces vives de la Wallonie libérée et consciente de son identité. Il va permettre à toutes les opinions de s’exprimer, les plus radicales comme les plus modérées. Plus d’un millier de personnes sont présentes.

Quatre solutions seront proposées au vote des congressistes qui ont le loisir de les défendre, discuter et argumenter:

  • le maintien de la structure unitaire de la Belgique avec des modifications plus ou moins importantes dans l’appareil constitutionnel ou légal;
  • l’autonomie de la Wallonie dans le cadre de la Belgique;
  • l’indépendance complète de la Wallonie;
  • la réunion de la Wallonie à la France.

 

Un double vote est officiellement prévu. Le premier qualifié de sentimental permettra aux congressistes de laisser parler leur cœur. En effet, sur 1048 votants, il y a:

  • 17 voix en faveur de la première solution – le maintien de la structure unitaire de la Belgique avec des modifications plus ou moins importantes dans l’appareil constitutionnel ou légal ;
  • 391 voix en faveur de l’autonomie de la Wallonie dans le cadre belge ;
  • 154 voix en faveur de l’indépendance complète de la Wallonie ;
  • 486 voix en faveur de la réunion de la Wallonie à la France.

Après de nouveaux débats, c’est à main levée qu’une proposition favorable au projet fédéraliste est approuvée (à l’unanimité moins 12 voix). Ce second vote sera présenté comme un vote de raison. Une commission sera créée au sein du Congrès national wallon afin d’étudier les modalités du fédéralisme ainsi retenu. Le Congrès national wallon s’entoure de juristes et rédige un projet de réforme institutionnelle visant à introduire le fédéralisme en Belgique. Une proposition de loi est déposée à la Chambre en 1947 mais elle est rejetée sous prétexte qu’aucune modification institutionnelle ne peut intervenir en période de Régence.

Depuis 1944, en effet, Léopold III est dans l’impossibilité de régner ; son frère, le Prince Charles, assume l’intérim : il est le régent. Les discussions portant sur la question du retour de Léopold III en Belgique divisent le pays jusqu’en 1950. Les passions sont vives. A côté de la traditionnelle fracture entre laïcs et chrétiens, progressistes et conservateurs, anti-royalistes et royalistes, apparaît une divergence profonde entre Wallons et Flamands. La consultation populaire organisée en mars 1950 confirmera cette différence de sensibilité entre les régions du pays: si 58% des Belges se disent favorables au retour de Léopold III, ils sont 72% de Flamands à avoir dit OUI, contre 58% de Wallons à avoir dit NON. Les Bruxellois, quant à eux, comptent autant de OUI (49,8%) que de NON (50,2%).

Lorsque le gouvernement catholique homogène décidera de la fin de l’impossibilité de régner de Léopold III, nombreuses seront les manifestations d’opposition dans le pays wallon et à Bruxelles. Juillet 1950 verra la tension atteindre son paroxysme. Au lendemain de la mort de trois manifestants tués par les balles de la gendarmerie à Grâce-Berleur, Léopold III abdique. Son fils lui succédera un an plus tard, à sa majorité.

La Régence achevée, le Congrès national wallon réintroduira une proposition de réforme institutionnelle en 1952 mais sans plus de succès. Ce n’est qu’au lendemain des grèves de 60 que le processus de réforme de l’Etat sera enclenché. Il tentera de rencontrer les revendications flamandes (reconnaissance de l’autonomie culturelle pour la Flandre et la Wallonie) et les revendications wallonnes (reconnaissance de l’existence de trois régions socio-économiques: Flandre, Wallonie, Bruxelles).